Home sweet home ou l'apprentie sage

Dimanche 24 janvier 2010 à 19:32

J'ai l'impression d'avoir maigri de partout. J'ai des problèmes de taille de pantalon depuis septembre déjà, j'avais attribué ça au stress de la fin août qui m'aurait un peu vidée, et puis aussi au fait que n'ayant jamais été une fashion victim, voire même plutôt l'inverse, un choix adapté de coupe de pantalon n'a jamais fait partie de mes compétences - je commencerais peut-être juste à m'y connaître un peu mieux. Ou alors c'est le froid ?
Notre balance déconne un peu, je ne peux donc pas tellement m'y fier, mais c'est vrai quelle me donne des poids inférieurs à ceux de l'année passée. 
Et puis je commence à le sentir sous la main. L'impression d'avoir maigri des épaules, de la taille, du visage. Mes doigts appuyés essaient d'évaluer une différence, si on sentait les os avant, exploration de ce corps auquel je m'habitue. Je voudrais savoir le reconnaître. J'essaie de m'en faire une idée, de savoir comment il est fait. Je me fixe dans la glace pour essayer de voir si le dessin des joues n'aurait pas changé. Mais c'est bien difficile, je n'ai pas une idée très précise de ce à quoi ressemble mon visage, j'ai toujours eu l'impression qu'il se modifiait considérablement selon que j'ai les cheveux lâchés ou attachés, et selon l'attache. Mon profil m'est inhabituel et bizarre aussi. J'ai réalisé un jour qu'il n'y avait aucune photo de moi ni même aucune où j'apparaissais sur la vingtaine que j'ai patafixée au mur. Je suis souvent perplexe en me voyant en photo et me reconnais parfois difficilement, sourcils froncés et mine dubitative face à un visage qui me semble familier. Grâce ou à cause des zaffreux photoblogueurs qui sévissent au Paris Carnet il existe maintenant quelques portraits de ma pomme. Je me suis forcée à développer plusieurs photos de ou avec moi et à les afficher. Pour supporter de m'avoir sous les yeux. Apprendre à me reconnaître voire à me connaître de visu.
En fait je me sens beaucoup plus représentée par mon nom. J'ai gardé et épinglé plusieurs libellés d'adresse, étiquettes de conférences ou autre document avec mon nom d'écrit. J'ai un prénom et un nom chacun assez rare ou original pour m'identifier et me représenter moi. Ces bouts de papier de toutes origines, manuscrits ou dactylographiés, par moi-même ou par d'autres, sont mes photos de moi. Mes exemplaires de photomaton.
Lorsqu'en début d'année la fac réclamait n+1 enveloppes timbrées à mon nom et adresse, je m'appliquais à faire n+1 écritures bien différentes, même stylo, même suite de lettres et de chiffres, mais 4 ou 5 représentations distinctes, et du coup des impressions variées de ces lignes qui sont un peu de mon identité.
Finalement j'utilise là une autre de mes caractéristiques physiques. J'ai toujours trouvé mon écriture, au sens de geste graphique, à peu près aussi changeante que mon visage me le semble en fonction des coiffures et des éclairages. On m'a dit de temps en temps qu'on aimait bien mon écriture ou que je l'avais jolie, et ça m'a fait plaisir, mais enfin en général c'est des fois où je me suis appliquée...
J'aime bien en observer les changements. En fonction du stylo, du papier, de son épaisseur et de ce sur quoi il est posé, de comment je suis assise par rapport à la feuille. Mon état de gauchère en écriture ne facilite pas la régularité du mouvement, les années m'ayant vue développer diverses techniques d'adaptation, dont le "penchage de feuille" (pour copier au partiel asseyez-vous à ma droite), que je n'utilise pas à chaque fois au même degré. Pour cette même raison je n'ai jamais tenté la calligraphie - peut-être devrais-je essayer l'arabe - et je peux écrire des pattes de mouches irrégulières version cochon certains jours.
Enfin pour le moment je me reconnais mieux quand je vois mon nom et prénom écrits de ma main que dans un visage qui me fait dire je l'ai déjà vu quelque part, mais où ?


Vous pouvez disposer. Nous traiterons la voix et la démarche dans l'identité la semaine prochaine. N'oubliez pas de relire vos notes.

Mardi 5 janvier 2010 à 0:21

Mon voisin, des fois, il chante.
Et c'est pas terrible.
Il s'égosille sur quelques trucs des années 80, et sa voix mal timbrée mais trop stridente passe très bien son plafond. Ma chambre est juste au-dessus de la sienne. 
Des fois il chante des berceuses à ses filles, et je me demande comment elles s'endorment sans cauchemarder. 
Le dimanche matin je ne peux pas tellement faire de grasses mat', pasqu'à un moment, il attrape une guitare. Argh.
Il connaît trois morceaux, et encore je suis généreuse. Il connaît un passage de presque trois chansons presque différentes.
Et je suis obligée de fuir mon lit.
Et là, je dors dans la chambre de ma soeur pasque je trouve qu'il fait trop froid là-haut, et je suis pile en-dessous de la chambre déjà incriminée. Et là, il joue encore au chanteur qui saurait grattouiller, à minuit, rhâââ. Et c'est moche, c'est moche, dieux de la guitare faites quelque chose.

En plus, la panne mentionnée dans le billet précédent, qui concernait des histoires de chauffage tout ça, ben elle a dû être faite un peu en gros. Re-belote froid-aux-radiateurs ce soir :o)
L'incompétent notoire va avoir du courier demain matin au bureau...

Mercredi 30 décembre 2009 à 18:00

Ma chambre est sous les toits, chambre de bonne parisienne mal isolée, où l'on meurt de chaud en été et de froid en hiver. Et je résistais depuis début novembre, par une sorte de scarification, à utiliser le petit radiateur électrique. En accord avec Copenhague tout ça ; il faisait 14 encore dans la pièce, je dormais avec un pull et des chaussettes, c'était juste le différentiel sur/sous la couette qui empirait.
On a trouvé jeudi soir juste avant les vacances qu'il faisait un peu frais, et c'était clairement confirmé le lendemain. La température de ma chambre est passée en dessous de 10, samedi soir j'ai dormi dans le canapé du salon. L'espèce d'incompétent notoire qui est chargé des relations avec les locataires (nous), pourtant prévenu dès le vendredi matin, a dû avoir les oreilles qui ont sifflé tout le week-end. On a prêté le radiateur électrique aux voisins du 1er qui ont un bébé de 6 mois. On a du coup passé deux jours emmitouflés, on a ressorti les polaires, les plus gros pulls, les plaids, les bouillottes, et étudié avec attention le fonctionnement des espèces de coussins chauffants, qui est très bien expliqué sur Finis Africae.
Samedi aprem je suis quand même allée ramer sur la Marne. En double, l'un des trucs les plus instables. Avec un mec un peu soupe au lait avec qui je rame peu souvent. Il faisait bien bien froid. L'eau avait une drôle de consistance, et on avait de gros problèmes d'équilibre. Bon, l'eau de la Marne, j'ai déjà tenté, ça ne m'a pas traumatisée, mais ce jour-là non. Ah non. La polaire me tenait tout juste chaud. J'avais l'impression que mes doigts (nus, on peut pas tenir correctement les rames avec des gants), allaient tomber en morceaux dans l'eau - ça s'est amélioré finalement pasqu'on bouge les mains du coup le sang circule toujours jusque là je pense...
Mais vraiment l'idée de tomber là-dedans c'était pas possible. En plus, comme j'avais tout bien lu les petites lignes de l'explication du coussin chauffant, je me suis dit que sûrement l'eau était en surfusion et que si je tombais ça ferait une onde de choc et tout allait se solidifer autour de moi comme pour les chevaux en Russie... 
Bon, on est pas tombés. M'enfin j'ai eu chaud, si l'on peut dire, et je ne trouvais pas d'explication à notre mauvais équilibre. Je sais que ce n'est pas mon point fort mais quand même.
Je n'ai compris qu'au retour : l'eau, bien froide, avait forcément une densité modifiée - ce qui se sentait même à chaque coup de rame - et du coup la portance était meilleure ! La ligne de flottaison plus basse, le bateau beaucoup plus instable.
Ah, ça sert un papa ingénieur.

Je suis retournée à la maison manger des papillotes en choeur pour contrer le froid. C'était bien comme début de vacances :o)

La suite aussi d'ailleurs. J'espère que vos Noël furent joyeux, chocolatés, avec ou sans pétard, souriants, un peu frais pour pouvoir s'emmitoufler, et se sentir bien chaud à l'intérieur.


(ah oui, et : le chauffage a été soudain réparé le lundi en fin d'après-midi, par des ouvriers qu'on n'a pas vus... La température de ma chambre, chauffée par l'immeuble en dessous, est repassée au dessus de la dizaine, m'enfin je ne tiens pas tellement assise à mon bureau pour bosser... C'est pour ça que j'ai rien fait, c'est pas ma faute !)

Samedi 12 décembre 2009 à 1:57

Tiens ça faisait longtemps que j'avais pas mangé à la cantine. Amusant. Enfin à l'expresse condition que ça ne se reproduise pas.

Je suis sur un campus maintenant, c'est tout à fait particulier et assez agréable jusque là. Je fais un peu de sociologie sauvage, comme toujours. Et puis même moins sauvagement, guidée par une prof et une bibliographie...
Plein d'étudiants partout, des pelouses, des problèmes de salles, des machines à café. 
Découverte des cours, de ce que c'est qu'un enseignant-chercheur - en cours en tout cas pour le moment. La désorganisation. Les inscriptions. Mais queueter à l'administration en lisant Bartleby, ça a tout de même quelque chose de délicieusement doucement subversif.

Rencontrer, d'un coup, de nouvelles personnes. Se découvrir soi-même dans ces situations sociales, un peu, en apprendre sur ce qu'on est devenu, ou pas.
Me dire que j'ai choisi l'option la plus facile entre les 3 ou 4 principales de cette fin de cursus. Option Londres, option Berlin, option New-York même furtivement. Et puis celle de l'évidence des autres.
Alors retour au bercail, cohabitation familiale par moment de nouveau difficile. Il y a eu un choix.
Les joies du RER A... impressionnant Châtelet vu de l'intérieur du train, train qui s'avance doucement et frôle ces rangées de  gens qui me fixent, statues de cire sur le quai.
L'impression surtout d'avoir le droit d'être ici, et même que c'est bien là que je suis le mieux. Que je me sens le mieux.

Parce que certains jours je suis fascinée par la manière dont les mots extirpent la pensée du marasme et l'agence, et d'autres fois j'ai le vertige devant le gouffre entre les mots et la pensée, ou bien aussi le décalage, comme deux murs de briques mal alignés. Pas les yeux en face des trous quoi. Les yeux de la pensée en face des trous proposés par les mots.
Je suis enthousiasmée qu'il existe réellement un lieu avec des gens qui se posent des questions extraordinaires aussi loin semble-t-il des préoccupations terre-à-terre, et en même temps qui puissent, une fois la réflexion aboutie, nous faire saisir  un peu avec quoi l'on vit.  Et que j'ai le droit d'y être et de participer. C'est une joie ! L'impression d'avoir le droit de me balader dans les hautes sphères du délire universitaire - bon, ça va je sais, chuis pas spécialiste doctorissime d'aucune discipline hein.

Mais j'ai des hauts et des bas toujours. Ceux qui ont osé lire le billet précédent ont pu voir. Des coups de mou aussi. Je n'ai pas trouvé de chorale, celle dont m'avait parlé ma prof de chant n'a plus de place en soprane. Je ne suis plus très au clair dans mes finances, je ne sais pas si j'ai trop de quoi me payer un cours là, je n'ai pas chanté depuis un moment, je retournerai bien à Londres bosser tiens, dans les coups de mou je rêve que je m'abîme dans le travail, vous inquiétez pas ça va me passer, je n'y arrive généralement jamais, je crois que ça correspond juste à l'image idéale que j'ai de moi en tant qu'étudiante. Mais le délai avant la mise au travail est toujours là ; et certains jours je m'en deviens insupportable. Je me couche toujours tard à faire autre chose. Je ne me lève pas, pour peut-être récupérer d'une fatigue auto-générée. Je m'agace, comme avant.

Ce master me permet aussi de me rendre compte un peu de ce que j'ai pu apprendre, avant. Que j'ai, ce mot très à la mode, des "compétences transversales", de voir que je comprends même certains sous-entendus des profs, qui font appel à d'autres disciplines, plus loin ; bon, sauf en socio-ethno-linguistique hein. Réaliser ce que je sais et ce que les autres ne savent pas, construire et catégoriser à l'intérieur un peu.

J'ai toujours du mal à expliquer, à raconter ce que je fais à d'autres, je ne sais jamais d'où partir. Mais dans ma propre tête, pour moi, je sens quand même que ça s'élargit et que ça s'articule.

Approfondir. 



billet un brin décousu écrit sur un certain laps de temps et greffé au milieu d'ajouts de dernière minute... je ferai mieux demain

Vendredi 6 novembre 2009 à 0:20

Ca me fait mal, ma main chauffe un peu, mon doigt, je fais attention à mes mouvements. J'ai tapé un coup dans le mur, je suis assez contente de l'intensité, je suis assez contente du bruit que ça a fait, je trouve que j'ai tapé assez fort, j'ai juste suffisamment mal pour me demander si mon petit doigt n'aurait pas un problème, je tape avec les pieds sur le plancher, j'ai mis Chostakovitch très très fort, mon énervement bout encore, j'ai peur de faire une connerie en tapant là sur l'ordi dans le noir, si je reperds un truc je vais huler, je suis presque calmée déjà mais quand j'ai pensé ce billet dans ma tête j'étais en mauvais état, pourquoi c'est si lent, ah le 4ème mouvement, très bien, j'ai hurlé, crié et pleuré, j'ai fait une scène incompréhensible pour eux à mes parents pour la première fois depuis longtemps, ils m'ont énervée, il m'a énervé et j'ai trouvé ça bien. Un peu de réconfort sur quelques faits avant, dans cette soirée, et puis déclenchement, et puis ce truc qui revient, qui était déjà arrivé, intolérante à la frustration, cette espèce de chose, de gros mot que j'ai appris dans des cours de génétique, de pédopsychiatrie, que j'ai entendu sur ma soeur, cette insulte presque, et moi si policée, si bien éduquée, si retenue comme ça vue de l'extérieur, et je ne m'en remets pas, pour une toute petite chose, relativement, mais ça fait plusieurs fois, mais ça m'énerve, mais j'étais contente de ce que j'avais fait, mais émotionnellement je n'ai pas envie de le réécrire ce mail, je voulais qu'il parte, il était bien, j'ai tapé dans le mur, je ne me suis pas calmée, je suis intolérante à la frustration voilà, malgré tous mes efforts, toute mon éducation, toute ma maîtrise de moi qui ne me sert à rien, qui est bien trop, bien trop policée, bien trop étendue, distillée, instillée dans tous mes membres et dans mon cerveau, qui ne m'entrave que, qui doit bloquer, qui est peut-être l'explication non ; je cherche un peu de réconfort dans quelques blogs, mais au détour d'un mot, d'une phrase d'une ou deux situations décrites finalement non je m'enfonce encore plus, le cri devient général, la situation s'agrandit, jalousie jalousie, injustice ? détresse, injuste, idiote, re Chosta au début, pourquoi putain pourquoi, c'en est une telle honte finalement parfois, alors qu'à d'autres moment j'y trouve une explication, est-ce que je vais publier ce truc qui ne veut rien dire, encore des choses que je n'ai pas faites, pour me punir je vais veiller, tard, à faire autre chose, encore arriver demain d'un air contrit, excusez-moi, et ma tête de bonne élève fera le reste, pourquoi j'ai une tête comme ça, je voudrais y faire quelque chose, des fringues, une coupe de cheveux peut-être, mais on s'en fout, c'est ma raison d'exister aussi, je me fous de tout ça, je ne dépense pas d'argent pour ça, ça fait partie de moi, je mélange des trucs là, bref, non pas bref, j'ai des trucs plus intéressants à écrire, à vous écrire, où est l'intérêt, ce qui ne te tue pas te rend plus fort, c'est ça cherchons les difficultés j'ai répondu je crois, ne pas savoir gérer la situation inverse aussi - pardon ça c'est un autre truc, c'est le sujet d'avant - mais nan, mais il y a toujours des difficultés, ça ne sert à rien de, oui mais alors là tu vois, je ne peux pas faire exprès de ne pas éprouver ce que j'éprouve, je peux juste rester très maîtresse de moi et n'en rien laisser paraître, mais ça m'énerve ça m'énerve ça m'énerve à un point !!! c'est pas normal, ça m'énerve tu ne peux pas savoir, et j'en pleure et je tape mon poing dans le mur et j'ai mal au doigt qui me chauffe je le tiens pendant que j'essaie d'expliquer, tu ne comprends pas, ben non, c'est ta grande réponse à tout, c'est à l'autre de formuler clairement, enfin de formuler pour que ça parvienne à ta compréhension. Et puis après tout tu n'es pas censé être mon référent absolu, à mon âge je devrais m'en passer, passer à autre chose, je revérifie pour la nième fois, ça me donne envie de hurler encore, je laisse lentement s'instiller l'idée qu'il faudra que je le réécrive, merde, msn fait chier aussi, c'est tout changé ça me plaît pas tiens, j'ai là aussi définitivement perdu des petites choses jolies auxquelles je tenais, il ne faut tenir à rien là, voilà, je vais me faire trappiste, ou sceptique ou un autre truc dans le genre détaché de tout, mais finalement là tu tiens au voeu que tu as fait, ça fait encore quelque chose que tu peux perdre, ou alors tenir à quelque chose au-delà de tout, au-delà du ridicule est le sublime finalement. J'ai froid. 

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